HAITI, CHANTAL ET MOI…

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La zone caraïbe est en pleine saison cyclonique. J’ai déjà abordé le sujet dans ce billet. Si tu me suis sur facebook, tu auras pu noter que je parle pas mal de Chantal. Si tu ne m’y suis pas, il n’est jamais trop tard pour bien faire.

Chantal approche. Elle grossit vite et fort. Les régimes elle s’en fout. Elle aime grossir. Chantal est une salope. Qui est Chantal ? La tempête tropicale numéro 3 de la saison. Grossir pour se muter en cyclone est son objectif. Elle va passer aux abords de mon ile. Peut-être plus au sud que prévu. Une aubaine pour nous. Une mauvaise nouvelle pour d’autres. Mais nous, simples humains, n’y pourront rien changer. Chantal, comme toutes ses consœurs, fait comme ça lui chante. Elle se renforce à coup de mer et de températures trop élevées et se prépare à attaquer les terres habitées. Elle va faire mal. Une salope doublée d’une sadique.  Elle se fout de ce qui se passe pendant et après son passage.  Les dégâts, c’est pas son problème. Elle se décharge de son vent, son eau, son électricité au gré de son voyage, de ses humeurs.

Sur une ile comme la mienne, si tout le monde reste prudent, la tempête ne devrait faire aucune victime.

Seulement voilà, Chantal a décidé que son voyage passerait par Haïti. Haïti qui ne s’est pas encore remis du tristement célèbre tremblement de terre de janvier 2010.  Le 12 janvier 2010 exactement. A 16H53, heure locale, plus précisément. Haïti qui n’a pas fini (loin, très loin de là) de panser ses plaies. Haïti où encore des centaines de milliers de personnes vivent dans des campements, dans des situations sécuritaires et sanitaires inimaginables pour nous, petits privilégiés de la vie.

J’étais à Port au Prince en décembre 2010. J’y suis allée chercher ma fille. Elle a pu être évacuée grâce MAM à l’époque. Le cadeau de fin d’année fait aux familles françaises pour faire joli à la télé pour noël. Peu importe. Merci Madame pour ça. A cause du choléra, à cause des émeutes annoncées, à cause d’un noël trop proche pour prendre le risque que notre 8 ans le passe sans un de ses parents, j’y suis allée seule. La peur au ventre de cette rencontre avec ce pays, mêlée à la joie et au soulagement de ce rendez-vous avec ma fille. Enfin. Après une année à s’inquiéter pour elle sans pouvoir ne rien faire. Mais ça, je t’en parlerai un autre jour, peut-être.

J’ai vu Port au Prince. Presque un an après le drame. J’ai respiré la poussière suffocante qui te prend à la gorge dès l’arrivée et ne te lâche plus. Les restes de 2010. J’ai vu ces personnes vivre dans des maisons où il manque un mur… voir deux. Les restes de 2010. J’ai vu les campements. Je les ai sentis. Une odeur nauséabonde. Des allées qui grouillent d’enfants, d’hommes et de femmes… de chiens errants, de rats… tous à la recherche du moindre truc potentiellement mangeable à se mettre sous la dent. La terre est potentiellement mangeable, sache le. Au sol, sous les tentes et les cabanes en tôle, terre et cailloux font office de tapis. J’ai vu les rues encore encombrées des décombres. Des routes impraticables.

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Choquée, je n’ai pris en photo que ma fille, la vue depuis ma pension et la poussière dans l’air. Je me suis contentée de regarder ce terrible spectacle défilé sous mes yeux, tandis que mon chauffeur d’un jour faisait ce qu’il pouvait pour faire avancer ce qu’il restait de sa voiture, sur ce qu’il restait de ces routes. Un parcours du combattant.

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Beaucoup de choses ont changé depuis le séisme. Mais pas assez. Vraiment pas assez. Vraiment.

Haïti a subi depuis plusieurs tempêtes et cyclones. C’est fou ! J’ai l’impression parfois que dame nature s’acharne sur ce pays et son peuple. Un acharnement bien trop morbide.Chantal n’épargnera vraisemblablement pas ce pays. Pourquoi le ferait-elle ? C’est plus drôle et plus facile de s’attaquer aux plus faibles. Les tempêtes et autres cyclones sont de grosses brutes sans couille. C’est tout.

En quelques heures, elle anéantira plus de deux ans de réparation, de reconstruction, d’efforts, de sacrifices. En quelques heures, elle déversera ce qu’il faut pour rajouter des victimes à une liste déjà bien trop longue. Là-bas, la prudence ne suffira pas pour survivre. En quelques heures elle détruira et tuera. Le vent soufflera les tentes et les tôles. La pluie se chargera de transformer la terre en boue, d’aider les moustiques à se multiplier… et par ricochet, d’apporter son lot de maladies.

Le peuple haïtien, épuisé, malade, va morfler, encore. Encore une fois, il se relèvera. Il a la triste habitude de le faire. Entre un fatalisme compréhensible et un courage inébranlable qui force l’admiration, les haïtiens agiront. Ils pleureront les perdus, panseront les blessés et chanteront la vie.

Mais putain, Chantal, si tu pouvais bifurquer un chouia, ou mieux, mourir avant d’arriver sur ce qui était la perle des Antilles, ce serait très sympa de ta part. Je te serai reconnaissante, très égoïstement, d’épargner le pays d’origine de ma fille.

ayiti

Pour ne pas oublier, merci de partager…

Dernière nouvelle: « La tempête tropicale CHANTAL s’intensifie en entrant en mer des Caraïbes. elle se dirige maintenant vers St Domingue et Haïti ». Une salope finie cette Chantal.

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A propos La Carne

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25 commentaires pour HAITI, CHANTAL ET MOI…

  1. ifeelblue dit :

    punaise, comme tu dis, parfois on a l’impression que le sort s’acharne… 😦

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  2. Fedora dit :

    Gloups… c’est rude de bon matin (6h20, ici)… je croise les doigts mais je crois que ça ne suffira pas pour décourager Chantal… 😦

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  3. la pingsheuse dit :

    Haïti et la rep Dominicaine forme un énorme territoire en comparaison avec ton île qui ressemble à un tête d’épingle sur une carte, malheureusement ça n’aide pas pour éviter les cyclones. C’est d’une injustice crasse, mais ceci explique cela, il faudrait des moyens de folie pour construire à des normes anti sismique et anti cyclonique et c’est sans doute difficile de reconstruire quand on sait qu’une autre catastrophe arrivera inévitablement. Est ce que tu sais si il existe des associations qui luttent pour Haïti? Nous les blogueuses, à notre petit niveau, on pourrait ptet aider à leur promotion….,

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    • La Carne dit :

      Il y a les grandes organisations classiques. Croix rouge, Unicef (mais pitié, ne donnez rien à l’Unicef!), médecins du monde, des asso pour avoir de l’eau potable… Des asso pour aider à scolariser les enfants des campements. Je n’ai pas de nom là, tout de suite, en tête, mais elles existent!
      Il faut en parler, parce que même si beaucoup sont encore sur place, les caméras n’y sont plus elles! c’est un sujet has been… jusqu’à la prochaine cata où les stars, les politiques et les medias remettront un coup de projecteur dessus…

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  4. Un billet qui serre la gorge.
    Je vais aller regarder sur le Net pour en savoir un peu plus sur cette tempête tropicale.

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  5. Pat dit :

    Je croise tout ce que j’ai et je souffle très fort pour qu’elle dévie sa route !
    Quand le sort s’acharne, ce n’est pas à moitié 😦

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  6. Ping : MES LARMES AU GOUT SALé DE MER… | Chroniques d'une quadra

  7. Laurie6882 dit :

    Très très beau billet … Bouleversant de vérité et de sincérité …

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  8. LéaAddict dit :

    Ton article est particulièrement prenant !

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  9. Ping : Chroniques d'une quadra

  10. Ping : CELLE QUI PARLAIT TROP VITE! | Chroniques d'une quadra

  11. mamanbonheurmamandouleur dit :

    Très touchée par cette article. 😦

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  12. Isa dit :

    putain tu me fous les larmes dès le matin…

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  13. Juliette dit :

    Journaliste à l’époque du séisme, j’avais couvert les répercussions en France : familles adoptantes désemparées, familles séparées et sans nouvelles, manifestations de soutien…

    Cela m’a fait rencontrer beaucoup d’Haïtiens. J’ai été très marquée par un père, installé en France depuis 10 ans et ayant obtenu la nationalité, qui espérait pouvoir faire venir sa femme et ses 3 fils. Pour eux, il avait peint le mur de son salon en plage bordée de palmiers. C’était beau à pleurer.

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    • La Carne dit :

      Après le séisme, nous sommes restés plusieurs jours sans avoir de nouvelle. l’horreur. et pendant l’année, avec le choléra, on a eu peur. notre louloute a été hospitalisée, mais fausse alerte. ici beaucoup d’haïtiens on voulu faire venir leurs familles. je ne suis pas sure que ça ait pu aboutir…

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