C’EST L’EAU QUI NOUS SEPARE…

… et nous laisse à part (Merci Laurent).

Je sais que j’ai du retard en la matière. Je sais que j’ai fait des promesses encore non tenues. Je sais que j’abuse.
De quoi je parle? De tag! J’ai été taguée dernièrement par Madame Crapaud… et alors que j’ai déjà plein d’autres questionnaires sous le coude, et un retard qui n’a plus rien d’excusable, je réponds à celui-ci en premier. Je sais, ce n’est pas juste. Mais comme je dis souvent à mes gosses: la vie n’est pas juste. Saisis la chance quand elle se présente, elle ne passera pas toujours deux fois (ah non, ça c’est un autre sujet).
Bref. Dame crapaud et ses humeurs… comment dire… explosives, ouvertes, m’a taguée après avoir elle-même été taguée par Margarida, créatrice du tag. Le tag de l’expat!
Oui je sais que je ne vis pas à l’étranger (je suis blonde mais pas à ce point). Dame crapaud le sait aussi. Mais je vis loin de l’hexagone. Loin de plusieurs milliers de kilomètres de ma région d’origine… alors on va dire que ça compte.

Départ-à-l’étranger

Tu connais le concept des tags… des questions, des réponses. C’est parti.

1. Expatriée toute seule ou expatriée par amour: Expatriée avec l’amour… et pas par amour. Nous ne sommes pas réellement expatriés puisque (comme je te l’expliquais) nous vivons en France… mais une France loin de l’hexagone. Loin d’environ 7000km. C’est une décision qui a été prise à deux. Un projet construit à deux. Enfin quand je dis construit, je me comprends. On a décidé de partir en 10 minutes, sur un coup de tête. Dans la foulée on a tout vendu, quitté nos boulots… 4 mois plus tard nous étions partis, sans rien ni personne qui nous attendait. Juste un toit pour les premières nuits.
L’homme voulait retourner sur son ile. L’idée d’une ile me plaisait bien, mais pas la sienne. Sa mère y vivait. Le monde n’est déjà pas assez grand pour nous deux… alors une ile, hors de question. Bref. Du coup nous avons opté pour une ile loin loin d’elle… où ni lui ni moi n’avions de repère. Histoire de partir sur un pied d’égalité. Après 7 mois sur cette ile, nous avons décidé de la quitter, pour une ile sœur découverte entre temps et sur laquelle nous nous sommes sentis mieux tout de suite.

2. Depuis combien de temps es-tu de l’autre côté de chez toi? Ça fait plus de 10 ans que nous sommes partis. Je ne suis pour autant pas de l’autre côté de chez moi. L’hexagone n’est plus mon chez moi. Il le redeviendra sans doute un jour. Chez moi, c’est où je vis, où j’avance, où je m’implique, où est ma famille, où sont les amis avec qui je partage le quotidien. L’ile c’est chez moi.

3. Quels sont les mets qui te manquent le plus de ton pays d’origine? Les mets qui me manquent ? Aucun… on trouve de tout ici… si on est prêt à mettre le prix. Il y a donc certaines choses qu’on mangent moins qu’avant… mais de là à parler de manque, non. A bien y réfléchir, du bon fromage ! On en trouve ici… mais ils ne supportent visiblement pas tous très bien le voyage. Par contre, j’ai découvert des plats très sympas en vivant ici. Je ne vais pas te dire que je mange local tous les jours, ce serait un GROS mensonge… mais de temps à autre, j’aime bien. Moi je suis une bouffeuse de pâtes. Des pâtes, on en trouve partout.

4. Vis-tu à l’heure de ton pays d’accueil ou à l’heure de ton pays d’origine? On s’est calé à l’heure de l’ile. Et je ne te parle pas de décalage horaire là. Je te parle d’habitude de vie. Par exemple, quand nous sommes arrivés, il y a plus de 10 ans, le film du soir à la télé était à 20h… et non à 20h45. Tout est plus tôt. Les collégiens commencent plus tôt (7h du mat)… les écoles ouvrent plus tôt (7h30)… et du coup… ben on dine plus tôt, on se couche plus tôt… pour se lever plus tôt, à la « fraiche ». Enfin moi. Parce que l’homme s’est encore mieux adapté. Il se couche tard, se lève tôt… et fait une sieste pour tenir le coup. Puis il fait nuit tôt toute l’année ici. Au plus tard à 19h00 il fait nuit noire. Ça incite au repos. Quant aux enfants… ils ont toujours vécu ici…

5. Une chose, un objet que tu as toujours trimballé au long de tous tes voyages? On est parti vers l’ile sans rien, ou presque. Mais mes photos, je les trimballe partout. Hors de question de les laisser en métropole. Lors de notre prochain départ, il y aura toujours les photos… et deux enfants, un chien et un chat en plus.

6. Te sens-tu étrangère une fois par jour, une fois par semaine, de temps en temps, jamais? Difficile à dire. De part ma couleur de peau (je suis blanche), sur l’ile je fais partie des minorités visibles. Alors forcément, parfois j’ai encore l’impression qu’on me prend pour une touriste avec les arnaques qui vont avec. Parfois même des actes ou paroles racistes m’ont pourri la vie (au point de faire appel à la police)(voisinage de merde). Parfois. Si tu rajoutes à ça que je ne parle pas et comprends peu la langue locale, j’ai tout pour me sentir étrangère. Pourtant non. Je suis chez moi. Les gens de la région, habitués à voir repartir vite les métropolitains ne s’attachent pas facilement aux nouveaux venus. C’est vrai quoi. A quoi bon ? Un petit tour et puis s’en vont. Mais au fil des années, les liens se sont tissés. Des liens forts. Certains sont devenus des amis. J’assiste parfois à quelques fêtes familiales… où tout à coup le gros arbre dans la cour me rappelle le gros arbre chez ma grand-mère. Alors non, je ne me sens pas étrangère. Du tout.

7. Songes-tu à un éventuel retour « chez toi »? Nous songeons à quitter l’ile. Sérieusement. Pour un retour dans l’hexagone, ou pas. Nous espérons (c’est rien de le dire) quitter l’ile cet été. Pour où ? Nous ne savons pas encore. Le monde est vaste. L’hexagone sans doute… mais nous cherchons malgré tout pour un autre ailleurs.
Je veux quitter l’ile. Je n’en peux plus. Je sais que certaines personnes me manqueront horriblement. Je sais que, sans aucun doute, ce foutu soleil finira par me manquer parfois. Mais je sature. Vivre sur une ile m’a rendue claustrophobe. L’espace est trop restreint. Si tu rajoutes à ça que, globalement, toutes les saisons se ressemblent, que rien ne change au fil des mois, c’est carrément devenu impossible pour moi. J’étouffe. En prime, le climat m’assomme; je ne m’y suis jamais réellement habituée. J’arrive à une sorte de burn out mêlé à une certaine tristesse. Parce que oui, cette ile je l’aime. Mais je n’en peux plus. Et je ne te parle pas des coupures d’eau et de courant chroniques, des grèves à répétition, des rendez-vous manqués, des retards en tout genre. Non. Ça, c’est pénible, mais on s’habitue. Comme je me suis habituée à vivre à côté d’un volcan, dans une région cyclonique et qui subit des tremblements de terre réguliers. J’en ai connu deux gros. Le premier, je voulais repartir, tout de suite. Puis avec les répliques pendant des mois, je me suis habituée. Le second… j’ai eu peur, mais j’ai géré. L’habitude je te dis. Bref. Je veux quitter l’ile, mais pas à cause de ses îliens (même si, ici comme partout on trouve des cons).

P1010035 (Copier)

8. Justement, que signifie pour toi l’expression « chez soi »? Bon ben j’ai déjà répondu. Chez moi c’est où je vis. Où sont mes nouveaux repères. Où je construis, j’avance. Mais chez moi n’est pas et ne sera jamais « là d’où je viens ». J’ai adoré vivre à Paris (mon premier petit exil). J’ai adoré vivre ce bout de vie sur cette ile malgré tout. C’est sans regret que j’y suis venue. J’en partirai sans regret mais avec une putain de tristesse. Paris et l’ile ont tous les deux été mon chez moi. Next?

9. La leçon de cette expatriation ? La leçon ? Je sais pas. Je suis la parfaite petite expatriée. Si je te jure. Je n’arrive pas avec mes gros sabots, j’observe, pose des questions, m’implique… sans complexe. La leçon serait peut-être qu’il faut aller au bout de ses envies. Nan parce que même si aujourd’hui je sature, je préfère saturer que d’avoir à me demander « putain… et si j’étais partie… ? ». Encore une autre leçon finalement tiens : ne pas compter sur la chance. Putain qu’est ce qu’on a pu entendre « vous avez de la chance ». Ben non, on n’a pas eu de chance. On n’a pas gagné au loto. On a pris des risques… notamment celui de perdre le peu qu’on avait. On a quitté boulot, confort parisien, amis (famille aussi mais ça c’était moins dur)… et personne ici pour nous aider, nous accueillir. Ne pas compter sur la chance providentielle, décider, avancer, oser. Telle fût notre devise. Ça ne fait pas de nous des warriors ! Ça fait juste de nous des gens qui sont allés au bout de leur envie. Je t’ai pas dit, on pensait aller à Toulouse au départ… finalement on s’est dit « nan mais Toulouse ? Allo quoi ! On verra plus tard ! On va aller voir un peu plus loin ! » Je n’ai rien contre Toulouse hein ! On y a plein de potes (enfin surtout l’homme qui y a fait ses études)… mais ça restait un second choix finalement. On a opté pour que le second choix reste à sa place de second choix… et privilégié le premier choix. On se contente trop souvent d’un second choix en se disant que « c’est mieux que rien; c’est déjà ça; dans la vie on ne peut pas tout avoir »… mais sur ce coup là, pour nous, c’était hors de question.

10. Réponse à cette question que j’oublie de te poser et à laquelle tu voudrais tellement y répondre.
Une question en plus ? Euh… qu’est ce que ça a changé en moi tiens?! Je suis devenue plus patiente J’ai dû apprendre la patience (une question de survie sur l’ile)(je partais de loin niveau impatience, alors j’ai encore de la marge). Je suis devenue moins réservée. J’étais une putain de coincée. Je pouvais rester muette des soirées entière par crainte de dire une connerie. Je m’affirmais moins. Bien moins. Je n’osais pas grand-chose. Maintenant ? j’ose. Je fais (là aussi je partais de loin et j’ai encore une bonne marge de manœuvre). J’ai compris que le ridicule ne tuait pas (heureusement, parce que je n’ai qu’une vie et ça n’aurait pas été assez). Je me suis affirmée. Je suis ce que je suis et je pense ce que je pense. Si ça ne plait pas, je ne me recroqueville pas. Je reste bien droite. Quand je ne parle pas, ce n’est plus par crainte de moquerie ou de honte… c’est parce que je n’ai rien à dire ou que je ne t’aime pas. Je ne sais pas si c’est l’âge, l’ile ou l’éloignement d’une famille un brin toxique qui a permis tout ça… sans doute un peu des trois. J’aime un peu celle que je suis. Je n’aimais pas des masses celle que j’étais.

Je ne tague personne. Mais si tu es concerné(e) par le tag de l’expat et qu’il te tente, lance-toi et dis moi.

Voilà… c’est tout… pour le moment

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A propos La Carne

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21 commentaires pour C’EST L’EAU QUI NOUS SEPARE…

  1. fedora dit :

    j’aime bien ta vision des choses La Carne 🙂 c’est vrai que le côté paradisiaque d’une île ça tente… et puis, au fur et à mesure que je te lis, je me rends compte que non… je pourrais pas… des vacances oui, mais pas pour y vivre (tu me diras, on m’a rien demandé ^^ certes…)

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  2. Franie dit :

    J’aime beaucoup ta façon de voir les choses et j’aurai aimé être ta voisine ( pas celle avec les propos racistes! tu as raison, des cons on en trouve partout !) Ton chez toi c’est l’île, mon chez moi c’est ici ! ¨Pour les mêmes raisons pour lesquelles tu veux quitter l’île, moi je ne veux pas y retourner. En tous cas pas pour y vivre ! j’étoufferais et pas seulement à cause de la chaleur …Pourtant quand j’y retourne combien je m’y sens bien…la mer, le soleil, le côté paradisiaque.. Mais seulement pour un temps!

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    • La Carne dit :

      avec une voisine comme toi je n’aurai peut-être pas saturé aussi vite. Nan parce que se faire insulter tous les jours pendant 2 ans… bon ben ça use…
      étouffer c’est vraiment le mot. j’étouffe de trop ou de pas assez… pas assez d’espace et je variante… trop de chaleur, d’humidité… de mer… trop! mais quand nous serons partis, nous reviendrons sans doute… un jour.

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  3. lydouee dit :

    Merci de m’avoir répondue… et en priorité encore !
    Là, j’me la pète ! 😉

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  4. Hara-Kiri dit :

    J’aime quand tu te dévoiles un peu, sans trop de cynisme….. Pour ce qui est de vivre sur une île au soleil, on s’est posé la question et… Oui, mais pour une durée déterminée (ok, on n’est pas tout à fait d’accord sur combien de temps ça dure, une durée déterminée!), sinon je crois qu’on se sentirait très vite coincés… Mais pour les vacances on est d’accord!

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    • La Carne dit :

      je pense que pour les vacances, on aura toujours envie d’une ile tropicale, surtout en hiver! 😉 Nous au départ on s’était dit « on se donne deux ans avant de nous dire que ça ne nous plait pas ». On avait estimé que faire son trou, trouver ses nouveaux repères ça ne se fait pas en 2 mois. Bon… moi j’en ai eu marre bien avant… des hauts et des bas en fait. Mais l’homme a trouvé un boulot interessant alors bon… on est resté… puis les gosses sont arrivés… enfin la vie quoi…. et bing! 10 ans (presque 12 en fait!!)… donc là, il est temps de partir 🙂

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  5. Aurélia dit :

    ça doit être flippant de vivre sur une île n’empêche… Moi, j’aurai peur qu’un tzunami l’engloutisse LOL

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  6. Pooky dit :

    ça marche de façon rétro active?

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  7. Je n’ai jamais eu des envies d’ailleurs ( je suis une vraie casanière). Mais j’irais bien en vacances sur ton ile tout de même ( à la bonne saison. )

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    • La Carne dit :

      bah c’est bien aussi être casanier! 🙂 c’est plus embêtant quand, dans un couple, l’un l’est l’autre pas (cf mes parents… la casanière a gagné… du coup l’autre a fini par le devenir…)

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  8. Il est sympa ce tag! Et tes réponses me font penser là depuis le fond de mon lit que c’est vrai ce truc d’ aller au bout de ses envies, tout ça. Dans 2 mois c’est le grand départ avec ma fille de 5 mois et là je te lis et j’ai confiance 😉

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    • La Carne dit :

      tu dois avoir confiance! Nan parce que sans rire, même si finalement ça ne marche pas, que vous ne plaisiez pas… ben vous pourrez revenir… vous aurez malgré tout vécu une sacrée experience! Alors que ne pas aller au bout… c’est la porte ouverte aux regrets. go! 🙂

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