MEME DANS MES PIRES CAUCHEMARS… #jesuischarlie

Cette nuit j’ai fait un cauchemar. Ça m’arrive, comme tout le monde, de temps en temps. Je suis humaine dans la vraie vie. J’ai notamment souvent fait ce cauchemar d’une chute dans le vide. J’ai souvent fait (mais pas depuis longtemps, c’est rassurant, je crois) ce cauchemar où je me noie dans une piscine pleine de poissons… l’eau et les poissons s’engouffrent dans ma bouche, mes poumons… je me réveille juste avant de mourir… avec un gout de poisson pourri dans la bouche. J’ai souvent fait des cauchemars de feu, de maison qui brule… plus depuis longtemps aussi.

saadallah-cri

Cette nuit j’ai fait un cauchemar. Un de ces cauchemars après lesquels je ne peux pas me rendormir. Je te raconte.

L’homme, les enfants et moi vivons dans une maison. Pas n’importe laquelle. Elle ressemble trait pour trait à celle de ma grand-mère maternelle. C’est celle de ma grand-mère, sans ma grand-mère. Il fait nuit. La fin de nuit je crois. Je suis paniquée.
La partie de mon cerveau qui observe le cauchemar ne comprend pas pourquoi je panique. L’homme aussi panique.
La partie de mon cerveau qui observe le cauchemar se dit que si l’homme panique aussi, c’est qu’il doit se passer quelque chose de vraiment, vraiment terrible. L’homme ne panique jamais en temps normal. C’est une philosophie de vie. Une sorte de principe, de concept. Là, il panique, ce qui a le don de me faire paniquer encore plus.

Nous allons réveiller les enfants maladroitement, un peu brusquement, sans vraiment savoir où aller avec eux, mais on veut qu’ils soient collés à nous.
La partie de mon cerveau qui observe le cauchemar se demande ce qui peut à ce point nous terrifier, l’homme et moi. Puis elle comprend. Elle a élargi la scène pour mieux voir, mieux saisir. Dans le petit village habituellement tranquille de ma grand-mère, mon village, il y a les 2 terroristes, les deux tueurs fous.

Nous paniquons parce qu’il faut agir, mais ne pas se tromper. Eux ne nous louperont pas. On met les enfants dans la petite pièce du fond, sans fenêtre, pour les abriter des balles. Puis on se dit que s’ils nous trouvent là, nous n’aurons aucune échappatoire. Alors nous allons sous la véranda pour tenter de voir ce qui se passe dehors, pour mieux décider… tétanisés.

C’est bizarre, la partie de mon cerveau qui observe le cauchemar réalise que la maison de ma grand-mère est comme dans mon enfance. Il y a le puits dans la cour, les fleurs partout, la grange au fond, sans doute encore le poulailler derrière. Il y a sur le côté ce qu’on appelait « la boutique » et qui n’était autre que l’ancien atelier à bois de mon défunt grand-père. La maison de la voisine, l’Andrée, est toujours là, attenante. Il y a le banc devant les maisons. Ce banc où ma grand-mère et l’Andrée s’asseyaient pour parler et regarder la vie de la rue lors les débuts de soirées d’été. La maison n’est plus comme ça aujourd’hui. Je vis dans la maison de ma grand-mère, mais celle d’il y a 30 ans.

Je me souviens que le chat se sauve par une fenêtre de la véranda. Je crie. Il ne faut pas le laisser sortir avec ces monstres dehors. L’homme le rattrape par la queue. Nous décidons qu’il faut monter dans la voiture et fuir. Nous pensons que, tant que nous roulerons vite, très vite, ils ne pourront pas nous avoir. L’homme sort de la véranda, dos courbé, tête rentrée, ouvre une portière de la voiture. Je tire les enfants. Nous les engouffrons dedans, avec le chien, le chat. Je me souviens que nous demandons aux enfants de ne pas s’asseoir sur leurs réhausseurs afin que leurs têtes soient les plus basses possible, les moins visibles possible. Nous sommes terrorisés. On se dit que peut être on ne reviendra jamais là. Je ne sais pas comment, on apprend que les monstres approchent. Alors on se dit qu’il faut partir immédiatement… quelques minutes plus tard seraient quelques minutes trop tard… je suis dans un état de panique indescriptible.
La partie de mon cerveau qui observe le cauchemar sent mon coeur s’emballer, pour de vrai.

Je me réveille à ce moment. Sans aucun doute ma manière de me protéger. Mon coeur bat à une putain de vitesse. Je mets 3 ou 4 secondes à réaliser où je suis et à me convaincre que je suis en sécurité. J’ai du mal à me calmer. Le film du cauchemar repasse en boucle. Impossible de dormir. Je ne veux pas les voir revenir.

J’ai compris pourquoi mon cauchemar se déroulait là, dans ce village, dans cette maison. Enfant, j’ai souvent entendu les grands dire que là bas, dans ce petit bout de france paisible, rural, loin de la folie des grandes villes, rien de grave ne pouvait arriver. Je sais que c’était faux. Mais sans doute, au fond de moi, ce village restait une sorte de symbole du calme possible, de la sécurité à toute épreuve. Ce village, cette maison restaient un rempart. Les monstres qui ont voulu tuer Charlie ont fait exploser mon rempart.
Mon cauchemar les a fait venir dans ce bout de France pour me signifier qu’on n’est plus à l’abri nulle part. Je le savais. Mon cauchemar a enfoncé le clou. Nous sommes tous des potentielles cibles. C’est terrifiant.

Charlie-300x300

j’écris… les infos annoncent encore des horreurs…
La liberté plus forte que la peur.
Résistons.
#jesuischarlie

Peinture de Saadallah Maksoud

Publicités

A propos La Carne

Retrouvez moi sur www.lacarne.blog pour mes billets d'humour et d'humeur!
Cet article a été publié dans PENDANT CE TEMPS.... Ajoutez ce permalien à vos favoris.

10 commentaires pour MEME DANS MES PIRES CAUCHEMARS… #jesuischarlie

  1. axelle57 dit :

    Chaudoudoux. C’est tout ce que je peux t’offrir. Je suis très maladroite en mots de réconfort.

    J'aime

  2. Bernieshoot dit :

    Liberté!
    #jesuischarlie

    J'aime

  3. Pimpf dit :

    Il est normal que ces évènements et atrocités nous marquent surtout qu’elles continuent de se perpétuer . Il est normal de vouloir protéger nos petits et ceux qui nous sont chers… comment ne pas avoir peur de ces bandes de malades qui circulent inconnus parmi nous et difficilement détectables? c’est dur mais il ne faut pas qu’ils nous fassent nous replier sur nous mêmes ce serait une première victoire qu’ils ne méritent pas de gagner. Je comprends tes craintes j’ai les mêmes , mais ma rage contre ces terroristes est forte et m’alimente. bon courage mes pensées pour toi et tes proches

    J'aime

  4. pomdepin dit :

    Je suis scotchee sur bbc news et je n’arrive pas a comprendre, on voit des images de guerre presque, et c’est en France. J’ai ecrit sous le coup de la colere mais là je n’ai plus rien, juste mal.

    J'aime

  5. dillies dit :

    t’as peur, t’es mort. Tout le monde se réclame de la liberté d’expression et ma contribution photographique (dans la veine de Charlie, justement) a été censurée. On est pas sortis d’affaire.

    J'aime

  6. Au-delà du contenu poignant, ce texte est très bien construit, très bien écrit, je le trouve magnifique de puissance émotionnelle, bravo.

    J'aime

  7. Marie Kléber dit :

    Moi aussi j’ai longtemps pensé qu’il y avait ces endroits, comme protégés du monde, dans lesquels rien ne pouvait arriver. Et puis l’horreur se déroule à quelques rues de chez nous et la peur gagne du terrain, forcément.
    J’ai parfois, le temps de quelques secondes, du mal à réaliser, que tout ça est arrivé, arrive. C’est dur et je respire avec difficulté.
    Continue d’écrire pour sortir tout ça. La vie est plus forte que tout.

    J'aime

  8. Ophélie dit :

    C’est dur de se dire que c’est la tout près… Comment ne pas être touchée, en colère,terrorisée ?
    On ne peut plus fermer les yeux et se dire ça n’arrivera pas ici malheureusement …
    Plein de bisous ❤
    #jesuischarlie

    J'aime

  9. personne dit :

    La terreur, la peur, sont les effets recherchés par ces débiles de terroristes. Il est légitime d’avoir peur, quand on voit ce que font ces détraqués. Mais ne t’empêche pas de vivre, ce serait la concession de trop faite à des monstres.

    Respire, et… résiste.

    J'aime

  10. Blue Edel dit :

    Bien écrit… et oui ta conclusion nous ramène tous sur une triste réalité : nous ne sommes à l’abri nulle part, qui que nous soyons, gros, maigre, grand, petit, jaune, noir, blanc… Le danger est partout, l’attaque lâche mais boum…
    La vie doit continuer et encore plus en profitant de chaque instant pour ne jamais oublier aussi qu’on n’a qu’une seule vie et qu’entre la naissance et la mort, on se doit de la remplir, mais BIEN !

    J'aime

UN MOT AVANT DE PARTIR? #CommenterCestTrèsBien

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s