GENERATION ATTENTATS

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Ma génération a dû apprendre à vivre avec le SIDA. Alors que nos parents ont pu baiser à droite, voire à gauche, sans se soucier d’en crever, les adolescents des années 80 ont dû vite intégrer l’idée que la capote allait être leur allier à la vie, pour éviter la mort. (L’abstinence étant une option que peu ont envisagée). Le SIDA avait ça de bien: la capote. Si on décidait d’être responsable, si l’on tenait à sa vie, on avait, en France, en Europe, le moyen de la protéger par un geste pas si simple. Nous avons tous connu de grands moments de solitude causés par ce bout de latex caractériel ; nous avons aussi pu en rire un jour, grâce à notre vie sauvée par ce même bout de latex.

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J’avais plein d’espoir pour la génération de mes enfants. Certes, on ne leur laissait pas une planète en grande forme, mais forcément, parmi nos gosses, des génies allaient trouver des solutions. Les préservatifs, maintenant parfumés, striés, fluorescents (attention aux fashion faux-pas) protègent toujours contre le SIDA (entre autre). Le chômage leur pendait au nez, mais nos gosses s’en sortiraient, d’une manière ou d’une autre. En tout cas, on avait la force d’y croire.

La mère que je suis, était pétrie d’angoisses. Celles des mauvaises rencontres, des expériences qui laissent des séquelles, des accidents terribles, des maladies destructrices, des amours douloureux, des échecs difficiles. Bref. J’avais des angoisses de maman angoissée.

J’ai omis une angoisse de taille. Elle m’a rattrapée brutalement un certain 7 janvier 2015 et ne me lâche plus. Mes gosses, en plus de tout le reste, vont devoir apprendre à vivre avec les attentats. Ceux qui vous prennent la vie ou celle de vos parents, enfants, frères, soeurs, amis, collègues, voisins, sans prévenir, avec une violence qu’on n’imaginait pas. Chaque fois qu’ils prendront le train, l’avion, le RER, le métro, le vélo, la trottinette… chaque fois qu’ils sortiront… chaque fois qu’ils iront au centre commercial, au musée, au cinéma… chaque fois que tout… il y aura, dans un coin de ma tête, de leurs têtes, l’idée que le risque est partout. Il y aura une farouche envie de vivre, mêlée à secret espoir de ne pas être au mauvais endroit, au mauvais moment. Ce foutu mauvais endroit, ce foutu mauvais moment, à cause de ces foutus barbares.

La génération de nos enfants va grandir avec ce qui est bien plus qu’une idée du danger. Elle va devoir grandir avec cette réalité. Alors que nous leur avons appris que les cauchemars restaient dans les placards, nous allons devoir leur expliquer que les monstres, finalement, existent pour de vrai.
Charge à nous de les laisser vivre et partir loin malgré tout ; de faire en sorte qu’ils puissent se sentir protégés, qu’ils ne soient pas envahis par la peur… tandis que je tremblerai pour eux, impuissante, ne pouvant leur imposer une abstinence de vie qui serait mortifère.

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La génération de nos enfants devra apprendre à vivre avec l’impensable. Parce que ne nous leurrons pas, on en a encore pour un bon gros paquet d’années.

Make-Love-Not-War

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A propos La Carne

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34 commentaires pour GENERATION ATTENTATS

  1. Cari dit :

    C’est tellement bien dit. Je suis entièrement d’accord avec ce que tu dis. Et moi qui pensais être une génération jeux vidéos…j’aurai préféré tient. Puisque je me rappelle avoir vu les tours de WTC s’effondrer en direct à la télé alors que je rentrais de l’école secondaire… est-ce là que le bordel à commencé? Je ne sais pas, je ne sais plus.
    Mais j’en ai assez et j’ai mal à mon pays, comme tant d’autres avant moi et surement comme tant d’autres après moi. Et il faut vivre, malgré tout.

    Aimé par 1 personne

  2. Kenza dit :

    Très bel article la Carne, merci. Je sais pas comment c’était à l’école pour eux aujourd’hui mais ici, rien du tout. Les enfants peuvent encore être protégés (pour de bonnes ou mauvaises raisons)

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  3. zenopia dit :

    Je peux pas commenter… je peux pas en parler aujourd’hui mais ❤

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  4. Kti dit :

    Super bien dit car oui, je pense malheureusement comme toi.
    Céline Serrault avec « la belle verte » n’avait peut-être pas été trop utopiste….on va y arriver à tout détruire pour repartir.
    Bises

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  5. Sophie dit :

    Ma fille disait hier soir : oh, comme j’aimerais revenir aux années 90 où j’étais enfant et où il n’y avait pas ces soucis. Je lui ai répondu que si il y a eu des attentats aussi dans ces années là. Mais, certainement pas aussi fréquents…
    Bel article La Carne.

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    • c’est peut-être la bonne nouvelle… on peut oublier… un peu… et continuer d’avancer… en même temps, j’ai un doute sur le fait qu’oublier soit une bonne nouvelle… je ne sais plus…

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  6. carrie4myself dit :

    Attendre que cette generation dévastatrice passe, qu’on arrive a endiguer (un peu) leur influence/arrivee.
    Il est (trop) tard pour stopper ca mais il faut continuer de se battre

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  7. Axelle Fox dit :

    bien vu, bien dit…merci la Carne.

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  8. pomdepin dit :

    J’ai été très choquée par la,réaction de mon ado…j’ai failli en parler (ça viendra peut être). Pas parce qu’il a dit, mais parce que pour lui, c’est ça le monde dans lequel il grandit, il l’a intégré à sa façon de voir l’avenir. Ça fait mal.

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  9. Hello. Jetait adorable à Boulogne sur mer, j’en ai 58 maintenant, mon père avait un poste élevé à la sealink ( compagnie de bateaux transmanche) je craignais chaque jour pour sa vie, à l’époque il y avait de gros risques d’attentats programmés par le fameux terroriste Carlos….. Puis ensuite il y a eu la Bande à Baker, l’armée Rouge, les attentats dans le métro parisien, la rue des Rosiers et j’en passe…… Bien avant tout ça il y a eu des attentats liés à la guerre d’Algérie. … NOUS faisons aussi partie d’une génération qui a vécu ces drames seulement la vie prend le dessus et nous les oublions jusqu’à ce qu’un autre arrive…. Restons positifs, que la jeunesse continue à faire de beaux enfants, continuons à vivre….
    C’est ce que je ressens et ça n’engage que moi bien sûr.
    De es bisous

    Aimé par 2 people

    • TheMouse dit :

      Je suis d’accord… Je suis de cette génération… On a connu cela… Mais la Tele (avec une seule chaîne à l’époque) en parlais moins…
      Et puis ma grand mère maternelle qui avait connu deux guerres qui me disait qu’eux avait peur de la guerre… De la syphilis…
      Mon grand père paternel avait été déporté…
      À chaque époque il y a eu les maladies (on pouvait mourir d’une « simple infection » avant les antibiotiques)… Les guerres (car ces attentats sont un forme de guerre)…
      Aujourdhui, il y a la montagne d’informations dont nous sommes matraques en plus… Qui fait que nous vivons tout quasiment en direct et sans filtre… Bien ou mal? Nous n’en savons rien… Les historiens le diront dans plusieurs années!
      Alors oui nous sommes bouleversés à chaque fois…

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    • LadyButterfly dit :

      J’ai 10 ans de moins (exactement) mais j’ai pensé à la même chose: à la rue des Rosiers, à la bande à bader, au terroriste Carlos. Ma 1ère grosse flippe date de l’attentat dans le RER B (St Michel) parce que je bossais à Paris et que c’était ma ligne. J’étais jeune mais voilà: ça fait partie de ma génération comme la tienne, comme tu le dis très bien.
      De même, ça n’engage que moi mais je reste positive pour l’avenir car chaque génération connaît des malheurs.
      Ma grand-mère qui a 95 ans peut encore difficilement me raconter sa vie durant la 2nde guerre mondiale tellement elle a vu d’horreurs). Et pourtant… J’ai foi dans la jeunesse (je suis maman d’une ado).
      C’est continuer, espérer, vivre qui fait de nous des humains.
      Et non des tueurs …
      Bises
      A.

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      • Chaque génération a connu son lot de terreurs et d’horreurs… les médias sont plus puissants aujourd’hui et relayent ces infos en bouclent… ça doit sans doute amplifier l’effet « non stop » … j’ai connu les attentats RER Paris… mais bizarrement, je n’avais pas peur de prendre le RER pour autant… maintenant, j’ai peur…
        Je vais enfoncer une porte ouverte mais… le climat social et humain en France favorise, je trouve, cette angoisse montante… c’est dommage, mais c’est comme ça… les extrémistes me font flipper… tous…

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  10. Catwoman dit :

    Je me souviens de ma mère qui nous disait que nous avions de la chance parce que eux avaient grandi avec des dictatures (et pas des moindres) aux portes de la France : Franco, le Portugal, la Grèce, … A l’époque, ça risquait de péter à tout moment entre les russes et les ricains … Je la regardais et je pensais qu’elle se fichait de moi : nous, nous avions le SIDA, le chômage très élevé, la guerre en Yougoslavie, …

    Nous sommes aujourd’hui adultes, nos enfants grandissent dans ce monde imparfait. Il y a cette guerre latente. Je n’ai pas peur. Je pense à mes arrières grands parents, né juste avant la 1° guerre mondiale qui ont eu des enfants avant, pendant et après la 2°. Ils ont vécu, survécu, ils n’avaient pas le choix.

    Nous ne l’avons pas non plus et ce n’est pas la peine de nous « lamenter ». Nous devons faire face et avancer, c’est tout.

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    • ne n’ai pas le sentiment de me lamenter, juste celui de dire mes peurs. En effet, mes grands-parents ont vécu la guerre… je crois que la différence principale réside dans le fait que, pendant les guerres, les ennemis étaient identifiés… leurs cibles aussi. Aujourd’hui, on ne sait pas qui pourrait tuer qui…

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  11. ifeelblue dit :

    ton article est parfait, c’est exactement ça… j’ai peur pour ma fille, même si elle est encore toute petite mais je me dis qu’un jour elle voudra aller au cinéma, au centre commercial, à un concert, prendre le train, l’avion… Et si ce n’est pas elle, c’est nous, et quand je vois ces enfants devenus orphelins, mon cœur se serre… et je ne sais pas si cette angoisse (qui s’est ajoutée à toutes les autres, les angoisses « banales ») s’en ira un jour. Comme tu dis, on est pas sorti de l’auberge, il y en aura bien d’autres, des attentats, ce n’est pas près de se calmer…

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  12. Ping : Thursday Thunder: for My children  | Pom de Pin in Wonderland

  13. Pooky dit :

    nos enfants découvrent aujourd’hui ce que nous pouvions voir pour d’autres enfants dans le monde dans d’autres pays aux JT deouis des années
    la violence gangrène le monde

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  14. Ping : SAUVE QUI PEUT! | LA CARNE, LE BLOG

  15. doume dit :

    Je fais partie des vieilles cinquantenaires, alors j’ai le même message que celles ci-dessus : malheureusement le terrorisme, c’est pas nouveau !
    Cela ne console pas, mais permet de prendre de la distance.

    Les suicides, c’est 11 000 morts par an, les accidents de la vie courante 20 000 par an …
    C’est la différence entre risque réel et risque ressenti.

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  16. mamandourga dit :

    Cette est en moi depuis Charlie hebdo, comment protéger nos enfants de ça ? A-t-on fait le bon choix de les introduire dans ce monde cruel ? Toutes ces questions m’incitent à entourer ma fille d’amour et de partager un maximum de chose avec elle pour qu’elle sache que même s’il y des montres dans ce monde, tout le monde n’est pas comme ça et qu’il faut garder espoir.

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